Cobweb valentine
L’époque victorienne (1837-1901) est probablement l’une des époques les plus intéressantes à étudier pour son utilisation de la papeterie.
En pleine révolution industrielle, c’est l’époque qui a vu se développer les services postiers notamment avec l’apparition du timbre en 1840 - le 6 mai exactement - en Angleterre (1849 en France).
Véritable ambassadrice de l’étiquette sociale, l’envoi de missives est devenu un moyen de montrer sa respectabilité et sa valeur sociale dans un monde de plus en plus exigeant et critique. Cartes de condoléances, faire-part de décès ont fait leur apparition à cette époque là - mais ce sera un sujet pour un autre jour ! Aujourd’hui, j’avais envie de partager une tradition (plus ou moins) oubliée et bien plus frivole :
les cartes de la Saint-Valentin.
Grâce aux progrès des techniques d’impression et de fabrication de papier, la coutume d’envoyer des cartes atteint son apogée vers le milieu du XIXe siècle. Et les cartes envoyées à la Saint Valentin sont devenues une véritable marque de fabrique de la vie victorienne britannique et américaine. Qu'elles soient sentimentales ou satiriques, de simples missives faites maison ou de confections sophistiquées fabriquées à la machine, tout le monde espérait recevoir une carte de l’être aimé le 14 février.
et quelle carte !
Véritable objet d’art aujourd’hui, la Cobweb Valentine - nommée en français carte “toile d’araignée”, “cage à oiseaux” ou “carte ruche” - est un exemple rare de la finesse et de l’élégance des mécanismes utilisés à l’époque.
Ces cartes fonctionnent grâce à la superposition de deux couches de papier :
La première, représentant le plus souvent un paysage ou un décor végétal à l’aquarelle, est découpée dans un morceau de papier en formant un motif de cercles concentriques. Au centre de la spirale, un fil délicat est fixé tandis que ses bords extérieurs sont collés directement sur la seconde feuille sur laquelle une image ou un message serait écrit, peint ou imprimé.
En recouvrant le centre de la carte, la « toile d'araignée » en papier forme alors le sanctuaire parfait pour enfermer un message privé, qui ne peut être révélé que lorsque le destinataire de la carte tire soigneusement le fil vers le haut - provoquant la montée des cercles concentriques de la toile et révélant comme par magie son compartiment caché !
Secret, intimité et surprise ont fait de ces Cobweb Valentines des cartes très populaires à l’époque.
Les attributs et en particulier le symbolisme des fleurs font partie à cette époque d'un ensemble de messages/codes secrets.
Par exemple, dans la langue des fleurs, la belle-de-jour représente l’attention et l'affection, mais aussi l'amour vain ; la rose est symbole d’amour ; le myosotis (forget-me not en anglais) devient la promesse d’un amour véritable et éternel ; tandis que le chêne et le gland signifient force, potentiel et patience.
Collectivement, ces fleurs communiquent un message sans avoir besoin de mots écrits. Ce qui est d'autant plus important que les cartes sont envoyées le plus souvent sans message manuscrit - l’anonymat faisant partie de la tradition des cartes de la Saint-Valentin. Et comme beaucoup de femmes étaient honorées de nombreux admirateurs, deviner qui était l'expéditeur faisait partie intégrante du plaisir.
L’art de l’amour comme on ne connait plus aujourd’hui ❤️