L’Autre monde

Cela fait un peu moins d’un an maintenant que j’ai plongé dans le vaste sujet de la Mort. De l’Egypte ancienne à l’esthétique victorienne en passant par le graphisme vaudou, j’explore au gré de mes découvertes et lectures.

Comme si j’écrivais un mémoire, mes recherches sont axées sur le graphisme/l’art dans la Mort et la mort dans le graphisme/l’art. Le journal de l’Autre monde est la découverte (complètement anodine en soi) qui sera le point de départ de ce journal :

comment ne pas partager ce trésor oublié de la culture française ?

“Paris est la ville des mystifications. Voici une amusante folie qui est née tout à propos pour le 1er avril et qui a eu un succès… fou. C’est un journal, et un journal d’une originalité incontestables, dont l’édition entière a été enlevée en moins de cinq minutes.”

– Le Temps 

L’Autre monde, Journal des Trépassés est un pastiche à l’humour macabre. Imprimé en caractères de couleurs sur un papier d’un noir d’ébène, c’est un véritable bijou d’impression (et un trésor pour tout.te passionné.e de papeterie qui se respecte) !

Apparu pour la première fois le premier avril 1877 à Paris, ce poisson d’avril se présente comme un journal rédigé par des morts depuis l’au-delà (avec le « Joyeux Décédé » en tant que rédacteur en chef) et aborde sur un ton sarcastique l’actualité politique, économique ou artistique.

Au prix de prix 25 centimes « sur la terre seulement », l’abonnement se fait dans les catacombes (bien évidemment !).


Il comptera en tout 6 éditions différentes - avec, pour chaque édition, une couleur particulière :

(01/04/1877) Blanc : Le Journal des Trépassés
(15/04/1877) Rouge : Numéro des Sorcières
(29/04/1877) Vert : La Guerre chez les Morts
(13/05/1877) Jaune : Numéro des Maris (trompés)
(13/06/1877) Jaune Clair : Numéro des Spirites
(01/04/1896) Et une dernière édition apparue 19 ans plus tard, jaune.


 
« Il est certain que quelques mortels grincheux voudront connaitre quel sera notre programme ! ceux qui liront notre journal le verront bien, quant aux autres nous les avons en si profond mépris qu’il faudrait s’adresser à M. Zola pour l’exprimer et pour leur dire que par conséquent cela ne les regarde pas. »
— Le Joyeux Décédé




bienvenue dans le mouvement décadent

Ce journal est parfaitement à l’image de l’esprit « fin de siècle » et du mouvement décadent - qui préfère, à l'harmonie et à l'équilibre, la recherche de l'étrangeté et du bizarre. Ennui, cynisme et pessimisme sont les dominantes de cette génération désenchantée dont les aspirations deviennent la désillusion, la dérision et la démystification.
Pas étonnant que Baudelaire et son spleen en soient les initiateurs…!

Véritable inspiration, d’autres pastiches macabres ont été publiés après L’Autre monde. En 1887, Le Journal Comique imprime un numéro spécial Le Croque-mort, journal des refroidis. Ce dernier emploie le même humour noir : un certain « I. Letoxy » assure la rédaction en chef,le gérant s’appelle « I. Lédécédé », l’abonnement se fait lui aussi dans les catacombes et l’administration se situe au Père-Lachaise.

Mais c’est Le Corbillard, journal officiel du Club des J’menfoutistes (1922) qui s’inspire le plus directement de L’Autre monde. Les numéros du journal reprennent le principe du journal sur papier noir avec de l’encre colorée et les maquettes sont très similaires.

Personne ne sait vraiment qui est à l’origine de l’Autre monde - ou en tout cas, rien d’officiel ne prouve qui en sont le ou les auteurs.
Cela restera un mystère ! Mais c’est ce qui en fait son charme, non ?

PS : les éditions du journal peuvent être consultés directement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France.

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