5 jeux vidéo mortellement positifs
Dans mon dernier article, je te parlais de l’imaginaire des psychopompes - ces passeur.ses d’âmes qui peuplent notre histoire depuis des millénaires et nous guident dans nos transformations.
Je te propose aujourd’hui de revenir quelques minutes dans le présent pour explorer ce concept un peu autrement : via les jeux vidéo.
Des jeux sur la mort tout sauf glauques
La conceptualisation de la mort dans le monde des jeux vidéo est loin d’être nouvelle. Que ce soit en roulant sur une peau de banane dans Mario Kart, en étant enfermé.e entre 4 murs dans les Sims ou encore en se faisant tirer dessus dans Fortnite, on est aujourd’hui habitué.e à voir nos personnages/avatars mourir plus ou moins brutalement. Ça fait partie du jeu : on perd et on recommence. 🤷♀️
La possibilité d’appuyer sur PLAY AGAIN pour revenir au dernier check point met la mort en arrière-plan de l’histoire. Le but n’étant plus d’éviter de mourir mais simplement de gagner le plus de vies possibles ! ⭐️
Mais la mort peut-elle avoir un autre rôle dans les jeux vidéo ? Qui a dit après tout que le seul but d’un personnage était de combattre le méga boss ? Et s’il nous aidait plutôt à mieux apprivoiser la grande faucheuse ?
Laisse-moi te présenter une petite sélection (complètement subjective) de jeux mortellement positifs.
Chacun d’eux offre une vision singulière de la fin - on y explore la fin de vie, les regrets et le deuil dans des univers parfois doux et enchantés, parfois mélancoliques et sombres - mais toujours avec beaucoup de poésie.
spiritfarer
Un jeu particulièrement dans le thème puisqu’on y incarne une psychopompe : Stella, la remplaçante de Charon (passeur des Enfers dans la mythologie grecque qui avait pour fonction de guider les âmes des morts dans l’au-delà en leur faisant traverser le Styx dans sa barque).
Stella - fraîchement promue passeuse d’âme (spiritfarer en anglais) - est donc chargée de retrouver les esprits errants entre les mondes (le monde des vivants et celui des morts) pour les guider jusque dans la quiétude de l’au-delà.
Si le purgatoire dans notre culture occidentale est réputé pour être un lieu de pénitence et de douleurs où expier ses péchés, ici, il n’en est rien ! L’univers est doux, réconfortant et coloré - où chaque dessin réalisé à la main donne l’impression d’avoir plongé dans un livre ouvert.
Notre rôle en tant que passeuse d’âme est donc d’apaiser ces âmes perdues en leur construisant à chacune un chez-soi unique sur notre bateau, en leur cuisinant leur repas préféré, en leur donnant les meilleurs câlins que je n’ai jamais vu dans un jeu vidéo, mais surtout en les aidant à faire la paix avec leur vie et les épreuves du passé.
Loin d’en faire un sujet lourd et grave, la fin de vie ici est explorée avec tellement de générosité et de joie, qu’on en retire une bouffée de sérénité. Ce qui en fait un jeu avec une vision particulièrement bienveillante de la mort et nous rappelle que chaque moment est aussi fragile que précieux.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, sa “mignonnerie” n’en fait pas du tout un jeu niais. Au contraire, ce qui m’a le plus touché dans ce jeu c’est son humanité. Bien que chaque esprit prenne la forme d’un animal anthropomorphe, ielles sont profondément humain.es - avec leurs qualités et leurs défauts, leurs regrets, leurs rancœurs et leurs peurs. Qu’on les apprécie ou non, c’est sans aucun jugement que notre passeuse d’âme et son chat Dafodil vont être là pour chacun d’elleux.
Gris
Le jeu qui aurait inspiré mon nom ? Peut-être… en partie 😉
Mais c’est surtout un jeu particulièrement touchant puisqu’il explore le traumatisme d’un deuil dans tous ses aspects les plus puissants : écrasant, paralysant, perçant, vivant… toujours présent et toujours changeant.
Comment se reconstruire face à la perte ? Comment reprendre le contrôle ?
Perdue dans un univers privé de couleur, une jeune femme évolue dans un monde construit comme un rêve, où le seul ennemi est son esprit. Gris est un voyage où il n’y a pas d’autre choix que d’avancer pour se reconstruire en acceptant et apprenant à vivre avec le deuil (matérialisé ici par sa robe).
Au fur et à mesure de l’histoire, notre personnage va grandir émotionnellement et apprivoiser sa douleur - ce qui va lui permettre d’explorer de nouveaux chemins et de voir le monde autrement.
Chaque niveau, chaque nouvelle étape de son voyage intérieur ramènera une touche de couleur au paysage :
un peu de rouge, et c’est un environnement désertique, brûlant et accablant qu’il faudra affronter ; mais d’une pointe de vert renaitra l’espoir ; du bleu viendra la paix et enfin du jaune, la lumière qui permettra d’éclairer des voies jusqu’alors invisibles.
Je ne peux décrire à quel point ce jeu est poignant. Sans aucune parole et d’une simplicité rare, c’est un jeu qui joue avant tout sur les sens. La sensibilité de l’aquarelle combinée à une bande son particulièrement envoûtante nous plonge littéralement en pleine poésie.
Aussi beau qu’émouvant, on n’en ressort clairement pas indemne.
Old Man’s Journey
Avec un game play complètement différent de ce qu’on a l’habitude, ce jeu est une petite pépite de douceur.
Ici, on accompagne un vieil homme qui entame un dernier voyage pour trouver le pardon. Et notre rôle est de le guider à travers les collines, les rivières et les montagnes d’une campagne aux accents irlandais, en modulant le paysage, pour l’aider à se frayer un chemin.
Une aventure qui nous invite à partager ses chagrins, ses rêves brisés et ses espoirs, mais aussi à ralentir et prendre le temps. Car ce n’est clairement pas un jeu de rapidité - par son univers paisible dessiné à la main et une musique magnifiquement coordonnée à notre avancement, tout incite à la lenteur et à l’exploration.
C’est un jeu empreint de beaucoup de poésie et de mélancolie qui m’a particulièrement touchée et qui restera longtemps en moi.
« May the road rise up to meet you »
ancient Irish prayer
arise: a simple story
Un peu dans la même veine que the Old man’s Journey, Arise: A Simple Story est un jeu où il faut non pas manipuler le paysage mais le temps pour pouvoir avancer.
Ici, tout commence par la fin.
Suite à sa mort, notre personnage - un vieux viking - entame son dernier voyage en quête du repos éternel. En retraçant chaque étape de sa vie, le jeu nous invite à une exploration du temps - autant mécanique que narrative. De l’amour et la joie à la peur et au deuil, c’est une aventure pleine d’émotions qui nous attend.
Plus commun graphiquement parlant que the Old Man’s Journey ou encore Gris, il n’en reste pas moins touchant. Avec sa musique bouleversante et le fait de pouvoir avancer ou reculer dans le temps pour moduler son environnement, ce jeu nous offre un voyage singulier et émouvant qui vaut la peine d’être vécu.
Limbo
A contre-courant des 4 jeux mentionnés juste au-dessus, Limbo est à sa façon un véritable bijou graphique. Ici, on quitte les univers colorés pour plonger dans les ténèbres des limbes - ce lieu entre la vie et la mort où séjournent les âmes des enfants non-baptisés.
D’une poésie morbide, on évolue dans un monde où l’obscurité domine. Notre personnage - un petit garçon tout frêle - n’a qu’un seul objectif : retrouver sa sœur elle aussi prisonnière des limbes.
Tout comme dans Gris, sans dialogue et seul.e face à nos peurs, il n’y a pas le choix : il faut avancer et affronter l’inconnu. Parfois un peu macabre, il est pourtant loin d’être glauque. Avec son approche minimaliste du dessin, et son univers tout en nuances de noir, il est aussi sombre que poétique.
Grâce au soin apporté aux détails, il offre une expérience émotionnellement puissante. L'atmosphère oppressante et l’absence de musique créent un sentiment de solitude qui prend aux tripes.
Unique, étrange et envoûtant, Limbo est une exploration de l'échec, de la persévérance mais aussi de l'amour fraternel. De loin mon jeu préféré après Gris.
Centrés sur notre transformation face à la mort, on ne ressort pas indemne de ces jeux.
Mis à part Spiritfarer où Stella interagit avec d’autres personnages, tous ces jeux sont sans dialogue - nos personnages sont seul.es face à leur propre histoire. Il s’en dégage alors un effet miroir. Car malgré les différences de genre ou d’âge, il devient assez facile de s’identifier et d’être touché.e par leurs expériences - de faire le parallèle avec notre propre vécu. Refus, regrets, courage, tendresse, amour, tout y est exploré.
En nous offrant une approche plus poétique, inclusive et méditative de la fin de vie et du deuil, chacun de ces personnages, à sa façon, vient nous guider virtuellement et nous permettre de mieux apprivoiser la fin - et donc de célébrer la vie.
Et n’est-ce pas ça le sujet au final ?
Si tu as déjà joué à l’un de ces jeux ou si tu as des recommandations, écris-moi !
Les 5 prochains sur ma liste :
Felix the Reaper
What Remains of Edith Finch
Night in the Woods
Outer wilds
To the Moon